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Le flexitarisme : l’alimentation durable pour tous

 Le terme « flexitarisme » peut vous être inconnu mais la pratique qu’il désigne est assez courante : être flexible dans sa pratique végétarienne.

Concrètement, un flexitarien est une personne qui apprécie et préfère l’alimentation végétarienne (fruits, légumes, céréales, produits laitiers, etc), pour des raisons de santé et de souci environnemental, mais qui peut également manger de la viande de façon occasionnelle. Par exemple, 2 à 3 fois par semaine. Le flexitarien ne veut ou ne peut pas devenir  végétarien, pour des raisons de culture gastronomique ou d’habitudes, ou tout simplement parce que l’interdiction totale de viande lui parait trop radicale. La première fois que j’ai entendu parler du flexitarisme, c’était en regardant une présentation de Mark Bittman (journaliste et critique gastronomique américain) sur l’histoire de l’alimentation dans nos sociétés . Je vous conseille cette surprenante vidéo sur la façon dont notre alimentation a évolué depuis les années 50 et pourquoi elle peut être inapproprié et dangereuse pour notre planète comme pour notre santé.


Aller sur le site de la vidéo (ted.com) pour avoir l’option « sous titres en français ». Vidéo à ne pas rater!

Comme l’indique Mark Bittman, tout a commencé en 2007, lorsque la très respectée FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) a publié un rapport choc « Livestock’s long shadow » soit « L’ombre portée de l’élevage » en français. Pourquoi ce titre ? Parce que l’élevage est un secteur dont les répercussions sur l’environnement sont gigantesques. Qui l’eut cru, mais pourtant, l’élevage est responsable de 18% des émissions de GES (gaz à effet de serre) dans le monde. C’est plus que les transports !  Ces fameux GES que tous les sommets environnementaux cherchent à réduire, afin d’éviter un changement climatique trop important et dévastateur. C’est avec ce rapport que le rôle de l’élevage, comme premier poste d’émission mondial de GES, a été compris. «L’élevage génère 9% du CO2 (déforestation pour l’extension des pâturages, carburant, chauffage des bâtiments d’élevage…), 37% du méthane (digestion des ruminants et fermentation des déjections animales), un gaz qui agit 20 fois plus que le CO2 sur le réchauffement, et 65% de l’oxyde d’azote (épandage d’engrais azotés). »  Source : viande.info

Mais au delà des chiffres, pourquoi l’élevage intensif tel qu’il est mené actuellement pose problème ?

La question des terres :


Quand on pense à l’agriculture, on imagine un secteur au service des hommes. Des hectares de champs où poussent des cultures destinées à nourrir l’homme. Et quand on entend parler d’une population qui dépasserait les 9 milliards d’habitants en 2050, on se demande : a-t-on suffisamment de terres ? Est-ce que nous les utilisons toutes déjà ? Et pourtant, un point décisif manque dans ce raisonnement : l’élevage. Car l’élevage nécessite d’immenses quantités de nourriture et par conséquence beaucoup de terres cultivables. En France, 70% des terres cultivables sont utilisées pour faire pousser des cultures, qui seront utilisées non pas pour nourrir les hommes, mais pour nourrir les animaux d’élevage qui nourriont à leur tour (une partie) des hommes. Dans le monde, c’est le cas de 60% de toutes nos terres cultivables. C’est là que la question des terres fait mal et dérange. Comment pouvons-nous, à une époque où les famines, la malnutrition et l’insécurité alimentaire persistent, poursuivre dans la voie de l’élevage intensif et refuser par la même occasion à des millions de personnes, l’accès à des terres et à une alimentation suffisante ?

Sans oublier qu’une terre n’a pas le même rendement, qu’elle soit utilisée pour nourrir les hommes ou pour nourrir le bétail. Pour preuve :

Source : WWF

Produire un kilo de viande de bœuf, demande une utilisation de 323 mètre carrés de terre, contre 6 mètres carrés pour produire des légumes. Pour un résultat nutritionnel équivalent.

La question de la pollution des eaux


L’eau est également une ressource qui souffre de la surproduction et surconsommation de viande. Les chiffres sont implacables :

Source : WaterFootPrint

L’élevage exerce une très forte pression sur les quantités d’eau disponibles sur terre. Mais ça ne s’arrête pas là, l’élevage est également la plus grande source de pollution des eaux : les résidus de pesticides et d’engrais utilisés pour les cultures nécessaires à leur alimentation, le lisier, les antibiotiques ou encore les hormones administrées aux bêtes. Tous ces éléments se retrouvent dans l’eau et participent en premier lieu à sa contamination, comme c’est le cas des nitrates et des algues vertes en Bretagne. Pour comprendre ce que sont les nitrates, je vous renvoie ici De l’intérêt des légumineuses en agriculture

La question du traitement des animaux


Cet aspect, moins mis en avant dans nos pays, est pourtant également une des raisons pour lesquelles l’élevage intensif dérange. La souffrance animale, les conditions de vie des animaux (des milliers d’animaux enfermés dans des hangars, le développement des maladies et l’abattage à la chaine) et l’image que cela donne de nos sociétés pose problème. En France, plus de 80% des animaux sont élevés dans des bâtiments fermés, parqués en cage sans accès à l’extérieur. L’image de l’éleveur, dans ses champs avec son bétail est loin de notre réalité. Vouloir satisfaire à tout prix notre consommation de viande, nous a menés à traiter les animaux comme une marchandise, à rentabiliser, à développer et à vendre. Cette frénésie à un coût : plus d’un milliard d’animaux sont tués chaque année dans les abattoirs français. Soit 60 milliards d’animaux tués chaque année dans le monde. Un chiffre aussi astronomique qu’inquiétant.

La question du méthane et de la déforestation


Le méthane fait partie des GES (gaz à effet de serre) au même tire que le CO2 ou l’azote. A la seule différence que le méthane est 20 fois plus « puissant » en matière d’effet de serre que le CO2. Les animaux d’élevage « eructent » 75 millions de tonnes de méthane chaque année, ce qui correspond à 37% des émissions totales de méthane dans le monde. Un lourd tribut.

Et quand il n’y a plus de terres cultivables pour continuer à nourrir le bétail, c’est l’heure de la déforestation. Une étude de Greenpeace de 2009 conclue que l’élevage est responsable de 80% de la déforestation de la forêt amazonienne. Celle qu’on appelle le « poumon de la planète » a succombé face à notre désir déraisonné de viande.

L’avenir


Et le futur dans tout ça ? La tendance actuelle nous indique que les pays en voie de développement (Inde, Chine) qui ont traditionnellement une cuisine principalement végétarienne, consomment de plus en plus de viande pour se rapprocher du modèle occidental, associé à la réussite économique et à l’ascension sociale. Les maladies chroniques ont explosé dans ces pays, la saturation des terres s’accélère et tout cela aggrave davantage la question de l’élevage dans le monde. Il faut le dire, satisfaire la consommation croissante de viande au Sud comme au Nord ne sera pas possible, et tenter d’y arriver créera des sources de pression très fortes sur les terres agricoles et sur notre environnement. La sobriété et la solidarité sont cruciales pour arrêter cet engrenage, c’est à chacun d’entre nous d’en prendre conscience.

De façon parallèle, on parle de plus en plus de l’impact de la consommation de viande sur notre santé. Une chose est sure, la consommation occidentale actuelle est mauvaise pour la santé.

La Santé


Enfin, cette consommation finit par nous revenir comme un boumerang, en pleine face. La surconsommation de viande, et par là cela correspond à manger de la viande tous les jours, voire deux fois par jour, finit par nous punir nous aussi. Les institutions (OMS, FAO, Fonds de lutte contre le cancer) et les professionnels de la santé se rallient derrière le même message : notre alimentation riche en graisses et en aliments à forte densité énergétique, centrée autour d’aliments d’origine animale, a remplacé notre alimentation traditionnelle principalement basée sur des aliments d’origine végétale. Ce changement a joué un rôle clé dans l’augmentation des maladies chroniques évitables: obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers et ostéoporose.

Toutes ces informations nous permettent de comprendre pourquoi il est important de réduire notre consommation de viande. Ce besoin a engendré le mouvement flexitarien. Mais ce n’est pas le terme qui importe, flexitarien, omnivore, végétarien, l’essentiel est de comprendre que notre alimentation a des conséquences importantes sur nos prochains et sur notre qualité de vie. S’entêter dans une direction volontairement carnivore, en vue de toutes les conséquences que cela engendre, apparait de nos jours comme une décision aveugle voire égoïste. Les initiatives de « Lundi sans viande » (http://www.lundisansviande.net/) fleurissent de par le monde : Brésil, Belgique, France, Canada ou encore aux Etats Unis. Joignez-vous au mouvement ! Il n’y a que des avantages à en tirer.

Voici quelques conseils pour aller au delà des discours.

Comment faire ?

Pour remplacer efficacement la viande, voir l’article « Comment remplacer la viande de nos assiettes »

Le pari de la qualité

Si vous êtes un fana de viande, la meilleure approche reste celle de la qualité. Préférer une viande de meilleure qualité, donc plus chère mais moins souvent, a le même effet sur votre porte monnaie que de s’obstiner à en manger tous les jours, quitte à choisir des morceaux de viande de mauvaise qualité. Si vous êtes un vrai amoureux de la viande, rendez-le lui. Explosion de vos papilles assurée.

Sites Internet d’Intêret

De très nombreux sites de cuisine, des blogs ou encore des sites d’information sur le végétarisme vous proposeront des milliers de recettes et d’astuces pour assurer votre transition.

Lundi sans viande // Un jour végétarien // La Flexitarienne // Marmiton

Enfin, un site internet est consacré entièrement à ce sujet, avec des informations détaillées et engagées : www.viande.info

 

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19 Réponses à Le flexitarisme : l’alimentation durable pour tous

  1. Pour approfondir sur le thème de l’élevage et notamment de l’élevage en France, je conseille vivement le livre « Bidoche : l’industrie de la viande menace le monde », de Fabrice Nicolino.
    Et en tout cas bravo Cécile ;-)

    • Merci Pauline pour tes compléments d’information! Le sujet est vaste et très fouillé, n’hésitez pas à aller plus loin ou à me poser des questions!

  2. Pingback: Comment remplacer la viande de nos assiettes? | Le Palais Savant

  3. Pingback: Mipygreen – Rencontre avec « Le Palais Savant »

  4. Le problème c’est que ce message n’est que trop peu diffusé…
    La solution, trouver un moyen de téléviser ce message pour que tout le monde comprenne que la viande n’est pas nécessaire et même nocive si trop consommé…

  5. Bravo pour cet article très intéressant et bien documenté, dont je vais faire référence sur mon site flexitarisme.com dédié depuis plusieurs années à l’alimentation flexitarienne…

  6. Pingback: 10 résolutions alimentaires pour 2013 | Le Palais Savant

  7. Excellent article qui vient de me sensibiliser et me donne le goût d’être une adepte du flexitarisme sans me sentir agressée ni obligée.
    Étant une chef épicurienne je confirme l’idée des saveurs d’une cuisine variée et équilibrée en favorisant les végétaux et les céréales complètes sans nécessairement inclure viande ou poisson dans nos menu. Je partage l’article car ici au Québec une majore partie de la population est sensible au bien être personnel et planétaire. Bye, merci.

    • Bonjour Lia et merci :)

      Et bien sur, partagez, partagez! Cette information a besoin d’être connue, de circuler. Avec beaucoup de plaisir culinaire et de goût au RDV.
      Grosses bises à tous mes lecteurs au Québec, vous êtes INCROYABLES :D

  8. Pingback: Viande: dossier santé et éthique | Alternative & Autonomie

  9. merci pour ce super article tres complet .. je suis un peu à la traine mais mieux vaut tard que jamais …

  10. Bonjour,

    Etre flexitarien , serait bon pour la planète et bon pour la santé et je considère que c’est le mode alimentaire qui correspond le mieux à l’être humain. Le plus important est de garder en mémoire que la consommation excessive de viande est dangereuse et pour la santé et pour la planete terre.

  11. Je ss très heureuse de lire un article comme celui ci et ecrit par quelqu un qui a l esprit ouvert. Je m explique: ma maman est devenu végétarienne il y a 2 ans mais mon papa, mon frère, ma belle mère et mon compagnon sont de gros « carnivores ». Depuis, je me trouve très partagée et me pose bcp de questions. Cmt puis je aimer les animaux et les manger? Pk autant de souffrance? Cmt manger en fermant les yeux sur le monde exterieur? Ect. G donc trouvé un bon compromis: le flexitarisme. Je ne dis pas que ce choix est le meilleur ni qu il est définitif mais pour le moment il me convient. Cependt g été fort déçue et blessée de lire des commentaires très acerbes de la part de végétariens ou vegans du type « les flexitariens sont des hypocrites qui s ignorent » ou « c juste un compromis pour soulager sa conscience » ou « on est vege ou on l est pas » ou « c est une tendance ridicule juste pour se donner bon genre ». Or, le mouvement flexitarisme est bien plus qu une mode ou une lubie, c est un mouvement générale, une prise de conscience majeure, une belle évolution pour la planète et les vege devraient encourager cette « tendance » au lieu de la dénigrer… certains disent aussi que ce n est qu un mot qui n a aucun sens, mais chaque « régime » est definit par un mot. Je boycotte le foie gras, le port de la fourrure, les produits testés sur les animaux, la corrida, les animaux en cage,… je suis donc semi-vegan?! ;)

  12. Pingback: Qu’est-ce que le flexitarisme? - Bio-ressources : le blog

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