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Vous voyez l’éléphant dans la pièce?

A quelques jours des attentats terroristes de Paris et à quelques jours du sommet pour le climat à Paris (COP21), la vie semble faire des pieds et des mains pour nous envoyer un message. Simple. Un signe, plus gros et plus évident que jamais, pour nous réveiller. Paris, à la croisée de la violence et du climat: quel est l’éléphant dans la pièce qu’on ne voit pas ?

elephant

Les hommes n’ont pas toujours fait la guerre

Il y a quelques jours, la une du Monde Diplomatique, remettait les pendules à l’heure. Alors qu’on se demandait tous : est-ce que l’homme a toujours aimé la haine ? Est-ce qu’on va dans le bon sens, est-ce que ça s’empire ? Le CNRS remettait les choses en perspective :  la « sauvagerie » que l’on associe aux hommes préhistoriques, n’est en fait qu’un mythe forgé au cours de la seconde moitié du 19ème siècle (1). Quand on étudie les Hommes comme les animaux, on retrouve des traces bien plus nombreuses d’entraide et de compassion que de violence. Et parfois, des dérives. Alors justement : quand est-ce que les Hommes partent en vrille ?

Les ressources

Ceux qui étudient l’histoire des Hommes sont catégoriques. Quand les Hommes vivaient dans une communauté à la population modérée et aux ressources abondantes, les Hommes ne rentraient pas en compétition les uns avec les autres. Leur famille, leur bonheur, leur aliment de tous les jours n’était pas menacé. Alors pourquoi se faire la guerre ?

A l’inverse, quand il n’y a pas assez de ressources pour une population grandissante, les tensions naissent. L’eau, l’électricité, les céréales, le gaz, le pétrole, les terres. De quoi vivre ! Bien sûr, la religion, les mœurs, sont venus se superposer à ce grand cocktail humain mais à la base, un être humain veut manger et boire à sa faim. Pas assez de ressources pour vivre: nos penchants pour la violence ou la peur sont exacerbés. Quel rapport avec la COP21 et la protection de l’environnement?

Nous avons grandi entourés de messages de sensibilisation. Je me souviens encore des campagnes de publicité de Fabrice Luchini à la télé. Il tenait une ampoule à la main, faisait une petite blague et nous invitait à acheter des ampoules basse consommation. Il parlait de la voiture électrique et de l’eau qui coule pendant qu’on se shampooine les cheveux. J’étais fan ! Et à ma façon, j’étais devenue une dictatrice des économies d’énergie. Chez mes parents, chez mes colocs, je traquais le moindre chargeur de téléphone débranché (d’après Future Forests, seulement 5% de l’énergie consommée par un chargeur a lieu quand il est branché, 95% de l’énergie est utilisée par des chargeurs qu’on laisse branchés). Bref, j’étais une femme avec une quête. Arrêter de faire n’importe quoi avec notre planète.

L’éléphant dans la pièce

Sauf qu’il m’a fallu dix ans pour voir l’immense éléphant dans la pièce. Et cet éléphant s’appelle : Livestock’s long shadow (2). Un rapport rédigé par l’ONU et publié en 2006.

Ce rapport est le premier d’une longue série d’électrochocs pour tous les amoureux de l’environnement. Nous étions tous affairés à recycler le verre, éteindre les lumières de la maison et prendre notre vélo pour aller au travail. Mais quelque chose clochait. L’information sur la principale cause de réchauffement climatique n’était pas diffusée. Puis un jour, on a vu l’immense éléphant dans la pièce.

Nous sommes 7,35 milliards d’êtres humains et nous tuons 143 milliards d’animaux par an pour la consommation de leur viande (3). Nous parlons souvent de nos difficultés à fournir en eau potable et en aliments les 7 milliards d’êtres humains qui peuplent la planète. Mais si c’est difficile de nourrir tous les Hommes, d’où sortons nous les ressources pour nourrir 20 fois plus d’animaux d’élevage chaque année ? 143 milliards d’animaux élevés et tués par an, c’est énorme. C’est comme si une famille laissait mourir ses enfants par manque de moyens, tout en élevant 20 chiens de compagnie avec gamelles d’eau et de croquettes remplies chaque matin et chaque soir.

Nous sommes en train de créer des animaux, de les faire manger et boire des ressources qui sont déjà rares, afin de s’assurer une alimentation carnivore. Nous avons déforesté 91% de l’Amazonie pour avoir des sols à cultiver. Pour nourrir des familles ? Pas du tout. Pour cultiver des céréales, qui nourriront les 147 milliards d’animaux d’élevage, que nous pensons devoir manger pour être en bonne santé.

Comme le décrit parfaitement le documentaire Cowspiracy (4) : adresser la question environnementale sans adresser la question de la consommation de viande, ce serait comme adresser le problème du cancer des poumons sans adresser la question de la consommation de cigarettes. Tout simplement fou.

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A : Surface des sols nécessaire pour nourrir un végétalien/vegan. B : Surface des sols nécessaires pour nourrir un végétarien (3 fois plus que A) C : Surface des sols nécessaires pour nourrir une alimentation carnée et laitière (18 fois plus que A). Source: Cowspiracy

Une vérité difficile à avaler

Je me souviens d’une conversation que j’avais eu avec une responsable écologiste d’une métropole française. Elle m’avait dit qu’elle était pour une économie d’énergie, l’isolation des bâtiments, le recyclage des déchets mais qu’il n’était pas question qu’on touche à son foie gras et à son saucisson. « Je suis une fille du Sud-Ouest, vous comprenez. J’ai toujours mangé comme ça et j’ai toujours grandi comme ça. Je ne suis pas prête de changer. »

Nous aussi nous avons peur du changement. Nous aussi nous sommes attachés à nos habitudes. Mais chaque jour, 216,000 nouvelles personnes naissent sur Terre. Qu’est-ce qu’on leur dit? Qu’il n’y a pas assez de ressources pour eux parce que nous sommes trop attachés à notre consommation de viande? Ou alors, est-ce qu’on leur fait de la place ?

Les gouts et les couleurs

Mais parler de changements alimentaires est délicat. Notre alimentation définit en grande partie notre identité. Et quand quelque chose semble attaquer notre identité, nous devenons agressifs, nous sommes sur la défensive. Et puis il y a le plaisir ! Le plaisir que nous ressentons dans notre bouche pour notre aliment préféré est comme une drogue qu’on n’a pas envie d’arrêter. Voilà pourquoi le débat de la végétalisation de l’assiette est si difficile. Il n’est jamais neutre. Tout le monde se sent attaqué. Jugé. On parle même parfois de « végétariens ou de véganes agressifs » qui imposent leurs valeurs. Calmons le jeu. Des deux côtés, il y a des difficultés à communiquer. C’est normal, nous sommes des êtres humains imparfaits :) Revenons à ce qui est vraiment important pour tous. Quel est notre objectif commun? Préserver une planète habitable, joyeuse avec des êtres humains dignement respectés et nourris.

La paix passera aussi et en grande partie, par une distribution juste et équitable des ressources. Si les peuples avec des ressources limitées se font la guerre. Et si la principale utilisation de nos ressources part dans l’élevage de viande à manger,  alors nous savons exactement comment agir pour la paix.

La bonne nouvelle

La bonne nouvelle c’est que végétaliser c’est bon. C’est même délicieux ! C’est moins cher. Et c’est meilleur pour la santé (6).

J’espère avoir évité les écueils des jugements et des oppositions dans cet article. Nous n’avons pas besoin d’oppositions supplémentaires, nous avons besoin d’actions efficaces et collectives. Si je n’ai pas réussi, attaquez le messager mais ouvrez votre esprit au message. Pensez à l’immense éléphant dans la pièce: l’élevage est la première et principale cause de réchauffement climatique et de perte de notre biodiversité. L’élevage et ses produits dérivés représentent au moins 32 millions de tonnes de CO2 chaque année, soit 51% des émissions de gaz à effet de serre mondiales(5). N’est-ce pas par là qu’il faut commencer?

Où que vous en soyez aujourd’hui, si la terreur de la violence vous a fait mal ou que la destruction de la planète vous désole, vous savez désormais où se joue le nerf du changement. Vous pouvez commencer par ce premier pas : 4 jours par semaine, enlevez la chaire animale (viande, poisson) de vos assiettes. Vous pouvez appeler ça vos 4 jours végétariens. Apprenez à apprécier et cuisiner végétal, continuez à vous lécher les doigts, à cuisiner. Et à partir de cette base, continuez à explorer. Personne ne veut vous enlever ce qui vous est précieux, personne ne veut vous juger. Nous sommes dans ce bateau ensemble.

4 jours par semaine sans animal dans votre assiette: vous êtes prêts à commencer l’aventure ?

veganfood2

(1) http://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/PATOU_MATHIS/53204

(2) “Livestock’s Long Shadow: Environmental Issues and Options.” Food and Agriculture Organization of the United Nations. 2006.

(3) FAO 2013 / http://www.unjoursansviande.be/compteurdelamort.html

(4) http://www.cowspiracy.com/facts/

(5) Goodland, R Anhang, J. “Livestock and Climate Change: What if the key actors in climate change were pigs, chickens and cows?”

(6)  «Les alimentations végétariennes (y compris végétaliennes) bien conçues sont bonnes pour la santé, adéquates au plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. […]». Association américaine de diététique (regroupant 70 000 diététiciens et nutritionnistes)

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11 Réponses à Vous voyez l’éléphant dans la pièce?

  1. Bonjour,
    Votre article est intéressant et les solutions qu’il apporte, étonnantes et novatrices. Penser le problème écologique sous cet angle me déconcerte et me font m’interroger sur mes propres habitudes de consommations (le but je pense). La solution serait de repenser entièrement le mode de vie que nous connaissons aujourd’hui mais combien sommes nous a en avoir réellement envie? Moi même si je suis tout à fait honnête je ne me sens pas prête à tout abandonner, même si j’en comprends l’intérêt.
    S’agissant du parallèle que vous faites avec la paix, il me semble que d’autres paramètres,idéologiques par exemple, que notre « survie alimentaire » poussent les hommes à se faire la guerre.
    En tous les cas j’ai découvert votre site depuis peu et les articles que j’ai pu lire, m’ont permis non seulement de m’interroger mais aussi de trouver des pistes de réflexions intéressantes. Une prise de conscience, un début de changement s’inviterait-il à ma table?
    Au plaisir de vous lire…
    Muriel

    • Bonjour Muriel,

      Merci pour votre message.

      Je suis tout à fait d’accord sur ce que vous dites, d’autres paramètres idéologiques et mêmes de l’ordre de la nature humaine (le mental, l’ego, l’intolérance) rentrent en jeu. Mais pour cet article, je me devais de faire des liens concis :)

      J’ai également été très déconcertée lorsque j’ai appris ces chiffres. Et petit à petit, on se rend compte que l’OMS, la FAO, les scientifiques en parlent mais personne ne le dit clairement car nous sommes tous attachés à notre plaisir gustatif. L’excellent documentaire Cowspiracy traite de cette question avec brio. Si vous pouvez le voir je vous le conseille! Un responsable d’ONG environnementale y avoue que personne n’ose dire aux gens de changer leur alimentation, alors on préfère leur dire de changer leur système d’irrigation ou leurs ampoules. Même si ce sont deux poids et deux mesures complètement différents. Un grand homme que j’ai toujours admiré, Gandhi, a dit: « Je crois que l’évolution spirituelle implique, à un certain moment, d’arrêter de tuer les êtres vivants que sont les animaux, simplement pour satisfaire nos désirs physiques ».

      Il parlait d’un point de vue éthique mais même d’un point de vue environnemental, c’est intéressant. Le désir de manger ce qu’on aime, le besoin de satisfaire ce désir, vaut-il la destruction de notre environnement?

      Merci pour ton partage.
      Je t’embrasse!
      Cécile

  2. Bonjour Cécile,

    j’ai regardé ce week-end le reportage. Il illustre ce qui est connu, les chiffres sont disponibles par ailleurs, mais qui n’est pas considéré comme une partie importante de notre empreinte écologique sur terre, et donc prendre en compte cette façon de vivre dans les solutions à apporter aux déséquilibres que nous générons.
    Quand je parle de solutions, ce n’est pas stigmatiser les producteurs de viande et leur faire payer des taxes avec des slogans comme pollueurs/payeurs qui permettent de trouver un bouc émissaire bien déculpabilisant mais des changements sur le long terme qu’il faut décider aujourd’hui et vite. Ces changements permettraient à tous ceux qui vivent de la filière viande de changer de métier sans se retrouver sur la paille.
    J’ai vu sur le site ci dessous les mêmes genres de chiffres.
    http://www.planetoscope.com/elevage-viande/1235-consommation-mondiale-de-viande.html

    Je t’embrasse

  3. Ton article est vraiment bien construit et reflète un (énorme) réalité qu’encore trop peu de gens connaissent. Je suis si d’accord avec toi… J’ai partagé ton article et raisonnement tout autour de moi… Petit à petit, il faut rendre l’éléphant visible. Merci pour cette belle réflexion !

    • Merci Chloé !
      Je suis contente de lire ton message, tu es adorable :)
      J’ai aussi découvert ton blog cocon que je trouve douillet et bienveillant, je te félicite pour ce beau bébé ! On sent l’amour que tu y mets.
      Au plaisir de continuer à te lire,
      Cécile

  4. Bonjour Cécile,

    J’ai pris le temps de regarder le reportage que tu m’avais conseillé, il est stupéfiant.

    Le soir, il m’a permis d’introduire ce sujet lors d’un repas en famille. Je suis mariée et j’ai 2 enfants (11 et 5 ans). Mon plus grand est déjà sensibilisé à l’écologie, par nous bien sûr, mais surtout par l’école. Il a ainsi osé me dire qu’une prof était végétarienne, la maman d’un copain aussi et qu’il s’interrogeait parfois sur le sujet… Bref cela fait son petit bonhomme de chemin. A mon grand étonnement, mon mari, qui pourtant est un gros mangeur de viande, à proposer que nous changions un peu nos habitudes pour n’en consommer que 2 ou 3 fois par semaine. Mon petit dernier était ravis car pour lui manger de la viande c’est souvent difficile et on mangera plus de pâte m’a-t-il dit ( euh pas sûr…)
    Je raconte cela, non juste pour faire étalage de ma vie, mais surtout pour introduire l’idée que souvent nous nous faisons une fausse idée, y compris chez les personnes que nous pensons le mieux connaitre. Jamais avant cette discussion je n’aurai pensé que mon grand se préoccupait de ce sujet, ni que mon mari soit sensible à mes arguments. Et pourtant cette discussion est certainement le point de départ de nombreux changements. Si j’ai pu me tromper, d’autres aussi.

    Libérer la parole, véhiculer les informations importantes sont sans doute les premiers moteurs de changements.

    Muriel

  5. Merci, très bel article.

  6. Eye opener, merci

  7. Merci Cécile pour tes articles pleins de sens. Pour ma part, depuis que j’ai découvert ton blog, j’ai arrêté la viande, poisson et autres protéines animales le soir. J’en mange tout de même le midi et parfois le matin. A mon grand étonnement, cela ne me manque pas du tout mais j’ai encore du mal à convaincre mon mari.
    Prochaine étape : n’en manger que 3 ou 4 fois par semaine avec mon mari :-)

    Indira

  8. Hello :)
    je connaissais déjà ce problème étant moi même (presque à temps plein) végétalienne. Je pêche encore quelquefois sur le fromage de chèvre.. mais plus de chair animale !
    Mais le titre de votre article m’a interpellé et je trouve votre approche très bien faite.
    Le végétalisme/végétarisme se fait connaitre et comprendre sous différents angles et c’est ce qui peut permettre de toucher le plus de monde. L’histoire de la « cruauté » de l’homme est une de ces pistes et je la trouve très bonne ! Prouvons que les hommes sont heureux/bons/paisibles par nature !
    ;)

    • Merci pour ton commentaire Malaury :) Je pense aussi qu’il y a plein d’approches différentes et que c’est passionnant de faire ces connexions entre la société, l’économie, la spiritualité, l’environnement, nos perceptions et essayer de déconstruire celles qui ne nous intéressent plus :)
      Des bisous!
      Cécile

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