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Retrouver mon nord au Cap Vert

« Le plus grand voyageur n’est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même. »  Gandhi

 

Cette citation, c’est exactement l’impression que j’ai eu pendant mes 3 semaines de vacances sur l’île de Sal, au Cap Vert. D’habitude, je suis plutôt une voyageuse globe-trotteuse / back-packeuse. J’aime prendre mon sac à dos et partir à l’aventure dans de grands pays, avec une culture millénaire, une nuit dans un bus et une nuit à l’hôtel pour se reposer. Intense et dépaysant. Au Cap Vert, j’ai découvert  une autre façon de voyager. Le Cap Vert, c’est un archipel de 10 îles longeant la côte nord ouest africaine. Je suis restée à Sal, une toute petite île, très peu connue, très atypique. Une île indépendante depuis à peine 40 ans avec peu de personnes, peu d’internet, pas de pollution dans l’eau. L’eau est transparente, turquoise, limpide: un rêve. Le monde est très calme ici, le monde prend son temps.

Les couleurs de l'île de Sal quand le soleil sort - hallucinantes!

Les couleurs de l’île de Sal – hallucinantes!

J’ai décidé de venir au Cap Vert pour passer du temps avec mon amie Paola. L’année dernière, lors de ma formation de yoga Vinyasa avec Kathryn Budig en Californie, je me suis fait des amis très proches. Parmi ces amis, Paola (jeune italienne vivant au Cap Vert) m’a conquise avec son sourire et sa générosité. Et j’ai décidé de venir la voir au Cap Vert pour l’été 2015 :)

Voyages intérieurs : accrochez vos ceintures!

Puisque je n’étais pas occupée à prendre des bus, marcher des heures et découvrir des kilomètres, j’ai passé beaucoup de temps seule, avec moi-même et.. l’océan.

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Honnêtement, au début, c’était difficile. Nous avons tous ces images idylliques dans la tête: nous sommes sur une île paradisiaque, le sable blanc s’étend à l’infini, notre regard est perdu dans le bleu de l’océan et nous: nous sommes enfin en paix. Heureux! La carte postale est parfaite. Il ne reste plus qu’à lâcher prise sur le monde et simplement surfer sur des vagues de bonheur, de détente, de gin tonic et de fruits exotiques. Mais il reste une constante : toi. Tu t’emmènes toi là-bas.

J’ai donc passé beaucoup de temps seule: une pratique exigeante et dynamique de yoga Vinyasa chaque matin (entre 60 et 90 minutes: voir vidéos 1 et 2!) et parfois deux dans la journée (une plus calme et récupératrice en fin d’après-midi), des méditations spontanées sur la plage, de la lecture, de l’écriture, de la contemplation de la nature. J’en avais incroyablement besoin. Et ce n’était pas toujours agréable, loin de là! Pendant les deux premières semaines, j’ai eu l’impression de laver mon parebrise complètement recouvert de feuilles mortes, de poussière, de terre, pour mieux voir. Pour vraiment apprécier le monde tel qu’il était. Détendue et ouverte à ses surprises.

Connais-toi toi-même, tes passions et tes tendances

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Ces temps de silence, de solitude et de méditation me font repartir du Cap Vert avec cette certitude absolue : tu n’es pas ici (sur Terre) pour apprendre à vivre avec le monde ou dans le monde. Tu es ici pour apprendre à vivre avec toi-même. Dans ta tête. Dans ton corps. Avec ton passé, ton futur et ce moment. Tu es ici pour apprendre à déminer les bombes dans TA tête. Te pardonner tes imperfections. T’autoriser du plaisir, du bonheur simple, du temps. Te connaitre. Te comprendre. T’enlever de ton propre chemin, car souvent, tu es le seul qui bloque ta route.

Comment mieux se connaitre? Voici deux choses qui m’ont beaucoup aidé sur place:

1. Connais tes passions donne leur la priorité. Pour être vibrant, présent, heureux, tu dois te nourrir. Et personne ne connait mieux tes passions que toi. Qu’est-ce qui te fait vibrer ? Ordonnance : un peu, beaucoup, de ça, tous les jours. Oui, tous les jours!

Tu ne peux pas prendre le risque de t’oublier. Tu ne veux pas prendre le risque de faire des compromis au prix de ta flamme intérieure. Plus elle est faible, moins elle éclaire le monde extérieur. Ce fameux monde extérieur que tu n’es pas ici pour apprendre à comprendre parfaitement. Comprends-toi-toi en premier. Allume ta flamme. A partir de là, le monde s’éclaire. Rien que pour toi. De toi au monde, pas dans le sens inverse.  Ne l’oublie pas.

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2. Connais tes tendances mentales– comment est-ce que tu penses ? Dans quel schéma de pensée est-ce que tu te retrouves souvent embarqué ? (l’anxieuse, la colérique, la victime, le piège, la fuite?) Quel rôle est-ce que tu as tendance à te donner et quel rôle est-ce que tu as tendance à donner à l’autre ? Comment est-ce que tu penses, est-ce que tu le sais ? Tu n’as pas à le partager, le divulguer, le détruire. Juste le connaitre. Le connaitre pour le voir venir.

Voilà à quoi peut ressembler ce type de reconnaissance:

« Ah tiens, te voilà pensée anxieuse. Je suis à peine levée et tu es déjà entrain de m’embêter sous la douche. Je sais qui tu es car tu es souvent accompagnée de cette impression de manquer d’air, de suffoquer, dans sa propre vie. Dans son propre corps. Je sais qui tu es aussi, car quand tu es là, tu me fais toujours penser au futur et à toutes les choses pour lesquelles je ne suis pas prête, préparée, partante. Et tu me donnes envie de baisser les bras et tout quitter. Je te connais ! Tu veux que je regarde dans le sens de ce que tu critiques, de ce qui te fait peur. Mais je vais te regarder toi. Oui toi! Petit coquin. Adorable pensée têtue que je connais si bien. Je sais comment tu commences. Je sais comment je me sens quand je t’écoute. Je te connais depuis des années. » Et d’un revers de la respiration, lui dire : aujourd’hui, je ne suis pas intéressée.

Connais tes tendances pour être libre. Pour t’extirper de la glue qui peut t’emprisonner pendant quelques heures si tu laisses la colle prendre.

Le corps – vulgaire ou divin ?

Le Cap Vert est un pays de corps, les gens passent du temps dans leur corps -tous les jours. Contrairement aux stéréotypes qu’on imagine d’une île africaine et relaxée, ici, tout le monde se réveille très tôt. Entre 5h et 6h, les capverdiens sont debout et commencent à fouler les plages. Ils courent, font de la musculation, sautent, dansent, marchent, nagent. Très tôt, la priorité est fixée : bouger le corps, sentir le corps. A partir de là, la journée au Cap Vert se poursuit, en prenant le temps, les pieds bien ancrés au sol et la tête, beaucoup plus légère.

J’ai encore le souvenir d’un ami qui m’avait dit : « toi, professeur de yoga ? Jamais de la vie! Tu es faite pour des tâches intellectuelles, pour écrire des livres, pour penser. » Cette phrase en disait plus sur lui-même que sur moi-même : dans son système de valeurs, le corps n’était pas très important, pas très valorisant. Et dans mon système de valeurs, pendant longtemps, c’était le cas aussi. Et toi: quelle place est-ce que tu donnes à ton corps dans ton système de valeurs ?

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Voilà pourquoi je te le demande:

Imagine que tu es entrain d’être scannée par un appareil à ondes électro magnétiques. Quelqu’un imprime une photo de toi avec des tâches de couleurs différentes qui sont censées représenter où ton énergie se trouve. Imagine ce petit papier avec une immense tâche rouge et orange sur ta tête (là où il y a le plus d’énergie). Sur ton corps, à peine quelques tâches pâles et bleutées. Ça, c’est devenu notre piège. Beaucoup de temps dans la tête, pas assez de temps dans le corps. Nous sommes coupés en deux. Nous sommes déconnectés de notre corps et donc de nos émotions, notre intuition, nos douleurs, notre sève intérieure. Même Bouddha a abandonné ses pratiques ascétiques (rigides pour le corps) et ce n’est qu’une fois qu’il les a abandonnées qu’il a atteint l’éveil. Nous sommes des êtres intellectuels, spirituels mais aussi des êtres sensuels et instinctifs. 

Sentir le monde

Le Cap Vert tout entier, par ce contact permanent avec la nature, invite ton énergie à redescendre dans le corps. J’ai donc accepté l’invitation! J’ai passé des heures assise sur le sable, suffisamment près de l’eau pour que mes pieds soient régulièrement rafraîchis par les vagues, à ne rien faire. A part sentir le sable en enfonçant mes doigts, mes orteils et mes talons dans le sable. Sentir la texture d’un milliard de grains de sable qui se frottent contre ma peau. Sentir. J’ai eu l’impression de remplir un réservoir vide en moi appelé « Textures et sensations de la peau ». Je ne savais même pas qu’il existait ! C’est quand je l’ai senti rempli que j’ai compris son utilité: l’ancrage.

Le corps, la peau, le sable, prendre le temps sur cette plage, je sens toute cette énergie descendre dans mon bassin, je la sens dans cet espace qu’on appelle Muladhara Chakra. Le premier chakra, rouge et racine, associé à l’ancrage et au sentiment d’appartenance. Je me sens appartenir à moi et à ce moment. C’est lourd, sensuel et très rassurant.

Le détachement ou l’art de stocker du chocolat

Le Cap Vert a besoin d’importations pour remplir ses restaurants et ses magasins. Presque tout ce qui se mange ici, vient par bateau. Parfois les magasins n’ont que les essentiels alors que toi, tu cherches ce paquet de gâteau bien précis que tu adores et on te répond « bientôt, le bateau arrivera ». Il n’y a pas d’autre magasin où aller. Tu n’as pas de date précise pour l’arrivée du bateau. Tu souris et tu acceptes. Et tu apprends à stocker de larges quantités de chocolat :)

Sous ses airs innocents, le Cap Vert t’apprend des valeurs importantes. Etre, accepter, ralentir.

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DOUCEUR

Chaque année, je fais un voyage différent et j’en retire une leçon très particulière. Je les partage avec vous car je sais que nous sommes tous sur le même chemin, et que peut être, c’est exactement la même leçon dont vous avez besoin! Ma leçon du Cap Vert est : sois douce avec toi même. Sois douce avec le bazar et le bordel que tu vis parfois dans ta tête. Sois douce avec ton corps. Sois douce et tendre avec toi même.

Des millions de gens vivent dans ce monde en étant doux avec eux mêmes. Toi aussi tu peux le faire! Tu peux te le permettre :) Tu peux t’offrir ce cadeau (tu es le seul à pouvoir le faire). Tu peux décider d’évaluer différemment ta vie. Tu peux décider que l’amour que tu as ressenti (pour toi, pour le monde) sera ton premier paramètre pour déterminer si oui- cette journée a été formidable. Et tu sais quoi: elle le sera plus souvent que d’habitude.

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Méditation sous la pleine lune bleue

Je partagerai avec vous un dernier souvenir. Un de mes moments préférés sur cette île: le soir où nous sommes allés voir le lever de la pleine lune. Nous sommes allés (Paola, son mari Camilo, leur chienne Verde et moi) sur la pointe sud de l’île – Ponta Sirena, pour voir la pleine lune sortir de l’eau à l’horizon. Le ciel était couvert et la lune n’était pas visible, mais nous étions seuls face à l’immensité de l’océan. A mesure que la lune montait dans le ciel, les vagues dévoraient le sable de plus en plus intensément. Nous sommes restés assis, en silence, pendant une heure. Il faut du temps pour atterrir. Sans nous en rendre compte, nous avons commencé à accorder notre respiration à celle de l’océan. Inspire. Expire. Émerveillés. Sans même le décider, je me suis retrouvée assise, la colonne droite, en position de méditation. Ça, c’est le pouvoir de la nature: elle t’offre la méditation par la contemplation. Mais il ne suffit pas de regarder l’océan, sinon il est juste joli, et bleu, et on l’a déjà vu mille fois. Il faut le sentir comme une immense présence.

Et là, l’océan ne s’arrête plus sur le sable, il s’arrête jusqu’à toucher ton cœur. Il te parle, il te calme, il t’enlace avec tellement d’amour. Je me sentais tellement calme et rassurée. Les inquiétudes étaient le plus lointain de mes souvenirs. Pendant ces moments, tu sais, tu sens, que cet univers entier n’est qu’amour. Que tout est aimé, déplacé par l’amour, propulsé dans l’amour et soutenu par l’amour. Tu le sais.

Je pensais : merci l’océan! merci le ciel! merci ce moment car tu me rappelles tout ce que je suis et tout ce que je sais, mais que j’oublie. Puis j’ai regardé les vagues, qui une à une semblaient se précipiter pour toucher l’île. Et j’ai souri en pensant : si les vagues pensaient comme nous, elles seraient entrain de se faire la course pour atteindre ces fameux morceaux de terre qui semblent attirer toutes les autres vagues. Elles donneraient tout pour atteindre leur objectif et être la meilleure des vagues. Si elles pensaient. Comme nous. Et moi, qui retrouve le sens de la vie en les regardant, je pourrais leur dire : oh ma chérie, pourquoi tu cours ? Il n’y a nulle part où aller. Tu es déjà tellement vaste et parfaite. Regarde ma jolie, regarde toi comme je te regarde : tu es déjà tout ce qu’on peut rêver d’être. Tu es l’océan ! L’océan, tu te rends compte! Tu es déjà, tu es tellement, qu’en te voyant je sens l’amour d’un millier de grand-mères. Je te le promets. Quand je te vois, quand je te sens, je redeviens l’enfant aimé de l’univers que j’ai toujours été. Merci pour ça. Ne cours pas, ne te fatigue pas : chaque moment, tu es déjà tout ce que tu cherches. Tu es déjà tout ce que je cherche.

Mais je ne peux pas lui dire, parce que la mer est un univers encore trop mystérieux pour moi et que je la soupçonne – en quelques millions d’années- de ne jamais avoir pensé comme ça. Mais si le même élan d’amour qui anime les océans vit en moi, alors j’ai besoin d’entendre ce message aussi : tu es déjà.

Tu as besoin de l’entendre aussi.

Ce que tu t’es donné 5 ans, 10 mois, un jour pour vivre, pour atteindre, pour sentir : tu es déjà. Ce que tu as cherché chez lui, chez elle, en Asie, en Amérique, en Inde : tu es déjà. Ces objectifs professionnels et personnels de perfection que tu t’es fixé, pour te sentir légitime : joue avec eux comme la vague joue avec le sable, mais ne les prends jamais trop au sérieux, ne t’y accroche pas. Tu es déjà. Tu es comme l’océan, rien à refaire, rien à redire, tu es. Et comme toi tu regardes l’océan avec l’amour, l’océan te regarde aussi en retour. Avec amour, il te sent. Et comme l’océan finit par toucher le rivage, fait un tour sur lui-même qui le rend amnésique puis repart vers d’autres horizons à explorer, toi aussi tu toucheras un jour un rivage. Un moment décisif. Et dans un tourbillon de sel et d’amnésie, tu repartiras vers d’autres horizons. Non pas pour être la meilleure des vagues et atteindre un autre rivage, mais pour transporter, avec toi, dans ton cœur et dans chacun de tes mouvements, la même vérité :

tu es

tu es ce que tu cherches,

tu es ce que tu aimes,

tu es l’enfant aimé de l’univers et,

tu es libre, mon amour.

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